Publié le 14/06/2019 - 15h00

PAUL GAUGUIN

Chalet suisse en bord de Loire :

un Gauguin d'avant Gauguin

Gauguin - Premier dessin réalisé au lycée impérial d'Orléans

Paul GAUGUIN (1848 -1903),

Chalet suisse en bord de Loire (1865),

Encre de chine et aquarelle, 25 x 39,5 cm,

Cliché A. Rouillac.

Si Paul Gauguin n’a, semble-t-il, jamais peint à Orléans en tant qu’artiste confirmé, il n’y a pas moins été initié au dessin, probablement par l’abbé Dumontel au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin (entre 1859 et 1862) puis, de façon certaine, durant l’année scolaire 1864-1865, par le dessinateur et aquarelliste Charles Pensée (1799-1871), professeur de dessin au Lycée impérial de la rue Jeanne-d’Arc. En témoigne cette encre de Chine et aquarelle sur papier Canson, datée du 2 juillet 1865, retrouvée en 2018 : Chalet suisse en bord de Loire, copie par le jeune élève, alors âgé de dix-sept ans, d’un dessin que son professeur avait réalisé à Erlenbach im Simmental, dans le canton de Berne.

Proposé dans une vente aux enchères qui  va se dérouler au château d’Artigny, en Touraine, le 16 juin 2019, ce dessin est en quelque sorte un « Gauguin d’avant Gauguin », autrement dit bien antérieur aux œuvres du célébrissime auteur de La Vision après le Sermon (1888) ou encore des « douces rêveries » tahitiennes de Nave nave moe (1894). Le jeune lycéen révèle néanmoins ici un talent précoce, sans doute développé par Charles Pensée, mais indéniablement aussi par les maîtres parisiens qui l’ont préparé, entre 1862 et 1864, au concours d’entrée à l’École Navale dans lequel l’épreuve de dessin se trouvait affectée d’un fort coefficient.

« Un Gauguin d’avant Gauguin », certes. Pourtant, transposer un chalet suisse en bord de Loire, montrer un petit marinier en train de rêver devant une gabare, délaissant un instant la douce compagnie de six jeunes filles, ne révèle-t-il pas déjà quelque chose de l’hôte futur de la « maison du jouir » qui fera jaillir de sa « folle imagination » une œuvre puissante et novatrice ?

Bref, à Orléans, Gauguin portait indéniablement en lui les germes de l’artiste qu’il allait devenir. D’ailleurs, sa vocation de sculpteur ne s’est-elle pas éveillée dès sa petite enfance, au 25 du quai Neuf Tudelle : « […] Je taillais et sculptais des manches de poignard sans le poignard, un tas de petits rêves incompréhensibles pour les grandes personnes. Une vieille bonne femme de nos amies s’écriait avec admiration : Ce sera un grand sculpteur. Malheureusement cette femme ne fut point prophète », conclut modestement l’auteur d’Avant et après.

Dans la cité johannique, le jeune Paul, nostalgique du paradis perdu de Lima, a sûrement plus d’une fois rongé son frein et rêvé de terres lointaines, à l’image du petit marinier du Chalet suisse. On le disait solitaire, renfermé. Pourtant, en mai 1892, dans une lettre envoyée de Tahiti à son épouse qui vivait alors à Copenhague, Gauguin fait état de ses jeux avec d’autres enfants à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, dans la banlieue immédiate d'Orléans. Il se souvient notamment du fils de Louis Pasteur, Jean-Baptiste, lequel séjournait parfois chez les Danicourt, oncle et tante de sa mère, dans leur propriété des Feuillants, à Saint-Pryvé. A la suite de l'achat par Jean-Baptiste Pasteur d'un tableau de Gauguin à Copenhague (une Vue du port de Dieppe, 1885) par l'intermédiaire de l'épouse du peintre, Gauguin écrit à sa femme : « A propos de Pasteur, demande donc au jeune fils si ce n’est pas lui que j’ai connu à Orléans. Les fils Zévor (sic) et Pasteur ont joué avec moi à St Mesmin. Il y a de cela bien longtemps. » (Gauguin, Lettres à sa femme et à ses amis, Les Cahiers Rouges, Grasset, p. 259)  Comme l'explique Agnès Desquand dans la biographie qu'elle a consacrée à l'épouse de Louis Pasteur (Madame Pasteur -Secrets de famille, Dmodmo éditions, 2013, p.96), Marie Pasteur et ses enfants se trouvaient notamment à Saint-Pryvé durant l’automne 1856. Peut-être est-ce à ce moment que Paul Gauguin, Jean-Baptiste Pasteur et son cousin Edgar Zévort ont eu l’occasion de jouer ensemble à Saint-Pryvé, mais d'autres rencontres ont également pu avoir lieu par la suite. Faut-il  expliquer cette relation par un lien de parenté ? La cousine de madame Pasteur, Louise Danicourt, était devenue madame Cribier ; or on retrouve le nom de Cribier dans la généalogie de Gauguin : Marie-Magdeleine-Elisabeth Cribier, épouse de Louis Juranville, était la grand-mère maternelle de Clovis Gauguin, père du peintre.

© Copyright Christian Jamet 2019

La maison et le jardin de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin

où le jeune Gauguin jouait avec le fils de Louis Pasteur

Copyright A. Clavaud Daubigny

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